Introduction

En dépit d’une population de seulement 5,6 millions d’habitants, la Norvège est une véritable puissance dans les sports d’endurance. Ses athlètes remportent régulièrement des médailles aux Jeux olympiques ainsi qu’aux championnats du monde et d’Europe et le pays a remporté le plus grand nombre de médailles d’or lors des Jeux olympiques d’hiver de 2014, 2018 et 2022. Au 11 janvier 2026, il mène le classement des médailles des championnats du monde de sports d’hiver, devant des pays beaucoup plus peuplés comme l’Allemagne ou les États-Unis.

Comment expliquer ce succès éclatant ? Les entraîneurs norvégiens planifient-ils l’entraînement d’une manière particulière ? Utilisent-ils des modèles de périodisation spécifiques, ou des ‘méthodes secrètes’ susceptibles d’expliquer les performances exceptionnelles de leurs athlètes ?

C’est à cette question qu’une équipe de chercheurs norvégiens a tenté de répondre, dans deux articles publiés en 2024 et 2025.

Les chercheurs ont interrogé 12 entraîneurs norvégiens, collectivement responsable de l’entraînement de plus de 370 médaillés en sports d’endurance, et leur ont demandé de décrire leurs modèles de planification des macro-, méso- et micro-cycles, ainsi que leurs stratégies de planification des séances et de gestion de l’entraînement.

Ce document résume leurs conclusions.

Méthode

Les chercheurs ont demandé aux entraîneurs participants de rempli un questionnaire détaillé dans lequel ils ont décrit: 1) la manière dont ils périodisent les macro-, méso- et micro-cycles d’entraînement; 2) la façon dont ils planifient l’entraînement au quotidien, notamment le volume et l’intensité des séances ; et enfin 3) la manière dont ils effectuent le contrôle de la qualité de l’entraînement réalisé par leurs athlètes et la gestion de la charge de travail.

Les chercheurs ont ensuite recoupé les réponses des entraîneurs avec les carnets d’entraînement de leurs athlètes les plus performants, et mené un entretien d’environ 180 minutes avec chaque entraîneur

Résultats

Périodisation de l’entraînement

Les entraîneurs interrogés ont déclaré utiliser une approche traditionnelle de la périodisation annuelle, similaire à celle proposée par Matveyev dans les années 1950.

Le modèle de Matveyev divise généralement l’année en quatre périodes distinctes : 1) une période de préparation générale caractérisée par un volume d’entraînement élevé; 2) une période de préparation spécifique proposant une intensité et une spécificité sportive accrues ; 3) une période de compétition caractérisée par un volume d’entraînement réduit, ainsi qu’une intensité et une spécificité sportive élevées; et 4) une période de transition comprenant une réduction du volume et/ou de l’intensité.

Bien qu’ils utilisent un modèle de périodisation traditionnel, les entraîneurs l’appliquent de manière flexible. Par exemple, ils peuvent intégrer des blocs de volume élevé ou d’entraînement en altitude, des semaines de récupération ou des périodes dédiées au développement des habiletés techniques, et ce, dans n’importe quelle période du plan annuel, dès que l’une de ces stratégies est susceptible d’optimizer les adaptations et de favoriser une meilleure performance.

Gestion du volume d’entraînement

Tous les entraîneurs considèrent l’accumulation d’un volume d’entraînement élevé comme l’élément fondamental de leur philosophie d’entraînement. Les volumes d’entraînement les plus élevés sont rapportés en triathlon (1400 h/an), et les plus bas sont observés en course à pied (600 h/an). Les chercheurs expliquent ces différences de volume d’entraînement par les contraintes mécaniques plus ou mois élevées induites par les activités d’entraînement.

**Biathlon, ski de fond, aviron et patinage de vitesse**
Le volume d’entraînement est élevé pendant les périodes de préparation et comporte une semaine allégée (réduction de 25 à 35 % du volume d’entraînement) toutes les 3 à 4 semaines.

La réduction du volume d’entraînement observée lors des semaines allégées est obtenue en supprimant 1 à 2 séances de faible intensité et en diminuant la durée des autres séances.

Cette réduction rythmique du volume d’entraînement n’est pas observée pendant la saison de compétition, car les ajustements de charge sont guidés par le calendrier des compétitions.

**Course de fond, natation et triathlon**
Le volume d’entraînement élevé est relativement stable d’une semaine à l’autre. Des réductions du volume d’entraînement surviennent lors des déplacements, des stages en altitude et des compétitions.

**Cyclisme sur route**
Le volume d’entraînement demeure élevé et relativement constant toute l’année. Comme la saison compétitive s’étend sur environ huit mois, des périodes de récupération et des blocs de volume d’entraînement élevés sont souvent programmés après les courses par étapes.

Gestion de l’intensité d’entraînement

L’intensité de l’entraînement est quantifiée à l’aide du système à six zones développé par le Centre norvégien du sport d’élite (Toppidrettssenteret, Olympiatoppen). Une correspondance avec le système à trois zones — zones de faible intensité (LIT), de moyenne intensité (MIT) et de haute intensité (HIT) — ainsi que les zones de VO₂, de lactate et de perception de l’effort (RPE) équivalentes a également été présentée.

Dans le cas des séances d’entraînement par intervalles, un indice de « durée du travail accumulé » (DTA) a été mesuré.

Cet indice est calculé en additionnant tous les intervalles de travail, à l’exclusion de l’échauffement, du retour au calme et des phases de récupération.

La distribution des zones d’intensité d’entraînement pour l’ensemble du cycle annuel est calculée en additionnant le nombre total de séances effectuées dans chaque zone d’intensité.

Tous sports confondus, la grande majorité des séances réalisées tout au long du cycle annuel étaient dans les zones 1 et 2 (LIT) et contenaient des efforts continus. La plupart des séances situées dans les zones 4, 5, 6 (HIT), ainsi qu’une bonne partie des séances situées en zone 3 (MIT), ont été réalisées en compétition.

Affûtage

Lors les périodes précédant immédiatement des compétitions importantes, la fréquence et l’intensité de l’entraînement demeurent inchangées, mais la durée des séances peut-être réduite jusqu’à 50 %. Les séances de force/puissance/musculation sont souvent supprimées.

Agencement quotidien des séances

La plupart des entraîneurs utilisent un modèle de planification quotidienne similaire. Celui-ci comprend deux séances par jour, et une alternance des journées difficiles et faciles. La semaine type est organisée autour de deux à trois journées difficiles, les autres jours étant consacré à des séances de faible intensité.

Les ajustements du volume d’entraînement hebdomadaire sont généralement effectués en augmentant/diminuant la durée des séances de faible intensité, et/ou en augmentant/réduisant le nombre de séances effectuées les jours difficiles (par exemple en planifiant deux séances d’intervalles la même journée).

Suivi de l’entraînement

Les entraîneurs interrogés adoptent une approche holistique du suivi de l’entraînement. Ils utilisent à la fois des données objectives (mesures de lactate, journaux d’entraînement, séances standardisées, outils technologiques) et des mesures subjectives (retours des athlètes) pour contrôler l’intensité de l’effort, surveiller la charge interne, ajuster la charge externe et adapter la planification en fonction de la réponse de l’athlète.

En bref

Le travail des chercheurs a permis d’identifier un certain nombre de bonnes pratiques employées par les entraîneurs norvégiens interrogés.

Ils…

  1. Utilisent un modèle de périodisation traditionnel, mais l’adaptent en fonction de leurs besoins spécifiques
  2. Intègrent, tout au long de l’année, des blocs d’entraînement visant des objectifs variés (altitude, récupération, habiletés techniques, etc.)
  3. Privilégient l’utilisation de volumes d’entraînement élevés
  4. Dédient 85 à 95 % du volume total d’entraînement à l’endurance aérobie, dont 80 à 90 % réalisés à faible intensité (Z1–Z2)
  5. Réduisent le volume d’entraînement de 25 à 35 % toutes les 3 à 4 semaines en diminuant le nombre et/ou la durée des séances ‘faciles’
  6. Définissent la qualité de l’entraînement par la manière dont les séances permettent d’optimiser les adaptations et d’améliorer la performance globale, non par la quantité de travail à haute intensité réalisée
  7. Utilisent un nombre limité de séances types pour chaque zone d’intensité et objectif d’entraînement
  8. Considèrent les séances de moyenne et hautes intensités comme essentielles à la progression de la performance, mais planifient nettement plus de séances de faible et moyenne intensité, que de séances de haute intensité
  9. Considèrent la journée d’entraînement, non la séance, comme la principale unité de charge de travail
  10. Alternent les journées d’entraînement difficiles et faciles
  11. Planifient deux à trois journées difficiles par semaine (généralement le mardi, le jeudi et le samedi), entrecoupées de journées contenant des séances de faible intensité
  12. Préfèrent, lorsque nécessaire, doubler l’intensité des journées difficiles (en programmant par exemple deux séances d’intervalles, une le matin et une l’après-midi) plutôt que d’ajouter une journée difficile supplémentaire
  13. Combinent différentes zones d’intensité au sein d’une même séance
  14. Planifient rarement des séances contenant des efforts maximaux
  15. Préconisent une récupération passive entre les intervalles d’effort
  16. Utilisent les mesures de lactate pour contrôler les zones d’intensité, en particulier lors des séances de moyenne et haute intensité, plutôt que des mesures de vitesse ou de puissance
  17. S’appuient sur leurs propres observations, sur les retours subjectifs des athlètes et des indicateurs objectifs pour contrôler la qualité de l’entraînement et la réponse individuelle à la charge de travail imposée

Conclusion

Cette analyse des pratiques de planification et de gestion de l’entraînement en endurance utilisées par certains des meilleurs entraîneurs du monde illustre comment quelques principes et méthodes relativement simples, peuvent guider efficacement la préparation des athlètes d’endurance de calibre mondial.

Il est important de noter qu’en plus de bénéficier d’entraîneurs exceptionnels, les meilleurs athlètes norvégiens profitent également d’un encadrement médical d’exception, qui comprend notamment le programme suivi de la santé à distance innovant décrit par Clarsen et al.¹

Cette combinaison d’un encadrement sportif exceptionnel et d’un programme de suivi de la santé de classe mondiale permet aux athlètes norvégiens d’accumuler de fortes charges d’entraînement en toute sécurité, et d’exceller au plus haut niveau avec une régularité impressionnante.

Consultez les études sur le site de l’éditeur

https://link.springer.com/article/10.1007/s40279-024-02067-4

https://link.springer.com/article/10.1186/s40798-025-00848-3

À propos de l’auteur

François Gazzano est un spécialiste de l’optimisation de la performance et la prévention des blessures sportives. Diplômé de l’Université de Montréal, François a aidé pendant plus de 15 ans, des dizaines d’équipes et athlètes de tous sports, âges et niveaux à atteindre leurs objectifs sportifs les plus élevés.

François est aussi le président-fondateur de la société FITSTATS Technologies et le créateur de la plateforme AthleteMonitoring.com, un outil de gestion, d’optimisation de l’entraînement, de la performance et de la santé des athlètes utilisé dans plus de 80 pays.

Il peut être joint sur LinkedIn ou par courriel: francois@fitstatstechnologies.com.

Références

  1. Clarsen B, Steffen K, Berge HM, et al Methods, challenges and benefits of a health monitoring programme for Norwegian Olympic and Paralympic athletes: the road from London 2012 to Tokyo 2020, British Journal of Sports Medicine 2021;55:1342-1349. https://bjsm.bmj.com/content/55/23/1342.info
  2. Tønnessen E, Sandbakk Ø, Sandbakk SB, Seiler S, Haugen T. Training Session Models in Endurance Sports: A Norwegian Perspective on Best Practice Recommendations. Sports Med. 2024 Nov;54(11):2935-2953. doi: 10.1007/s40279-024-02067-4. Epub 2024 Jul 16. PMID: 39012575; https://link.springer.com/article/10.1007/s40279-024-02067-4
  3. Sandbakk, Ø., Tønnessen, E., Sandbakk, S.B. et al. Best-Practice Training Characteristics Within Olympic Endurance Sports as Described by Norwegian World-Class Coaches. Sports Med – Open 11, 45 (2025). https://doi.org/10.1186/s40798-025-00848-3
  4. Borg G. Psychophysical scaling with applications in physical work and the perception of exertion. Scand J Work Environ Health. 1990;16 Suppl 1:55-8. doi: 10.5271/sjweh.1815. PMID: 2345867.